Synthèse n° 150

Unfair: The New Science of Criminal Injustice (Injuste : la nouvelle science de l’injustice pénale)

Adam Benforado

Première publication · 2015Éditeur · Crown416 pages

Couverture de Unfair: The New Science of Criminal Injustice (Injuste : la nouvelle science de l’injustice pénale)
6 min de lecture1 339 mots

Le sujet de ce livre m’intéresse et j’ai envie de le partager avec la communauté. Je ne l’ai pas encore lu personnellement. Ce résumé en français vous aide à comprendre de quoi il traite ; si vous lisez couramment l’anglais, il peut vous donner envie de découvrir l’ouvrage dans sa version originale. Présentation de découverte, et non retour de lecture personnelle.


INTRODUCTION : Le mythe de l'objectivité

Adam Benforado, professeur de droit, part d'un constat troublant : notre système de justice pénale est brisé, non pas nécessairement à cause de personnes malintentionnées, mais à cause de la psychologie humaine. Nous croyons que la justice est aveugle, rationnelle et équitable. Les neurosciences et la psychologie comportementale prouvent le contraire. Nos jugements sont dictés par des biais cognitifs inconscients, des préjugés enfouis et des facteurs environnementaux absurdes.

Le livre est structuré de manière chronologique, en suivant le parcours d'une affaire pénale, divisé par les acteurs clés du système.


PARTIE I : L'ENQUÊTE (The Investigation)

1. La Victime et le Témoin (La faillibilité de la mémoire)

Nous avons tendance à croire que la mémoire fonctionne comme une caméra vidéo : on enregistre un événement et on le repasse. Benforado démontre que la mémoire ressemble plutôt à une page Wikipédia : elle peut être modifiée par nous-mêmes et par d'autres.

2. Le Détective (Le biais de confirmation)

Une fois qu'un détective a un suspect en tête, le biais de confirmation s'installe. C'est la tendance naturelle du cerveau à chercher des informations qui confirment ses hypothèses et à ignorer celles qui les contredisent.

Ce phénomène n'est pas dû à la corruption, mais à une faille psychologique normale que la culture policière refuse d'admettre.

3. Le Suspect (Les faux aveux)

Pourquoi un innocent avouerait-il un crime qu'il n'a pas commis ? Benforado s'attaque à la tristement célèbre technique de Reid, une méthode d'interrogatoire psychologique utilisée par la police.

Le suspect, épuisé mentalement, finit par croire qu'avouer est la seule façon de mettre fin à son calvaire immédiat, pensant que son innocence sera prouvée plus tard par le tribunal.


PARTIE II : LE JUGEMENT (The Adjudication)

4. L'Avocat (L'aveuglement partisan)

Le système juridique américain (et occidental en général) est accusatoire : deux parties s'affrontent. Benforado explique que ce modèle encourage l'aveuglement partisan.

Le but d'un procureur devient de "gagner le match" plutôt que de trouver la vérité.

Cela conduit à la suppression de preuves disculpatoires (les preuves "Brady"). Le cerveau du procureur filtre inconsciemment ce qui pourrait aider l'accusé pour ne retenir que ce qui renforce l'accusation.

5. Le Jury (Les dynamiques de groupe et le délit de sale gueule)

L'idée de 12 pairs impartiaux est une illusion romantique. Les jurys sont influencés par des facteurs qui n'ont rien à voir avec les faits :

6. Le Juge (L'épuisement de l'ego et les heuristiques)

Les juges se voient comme des arbitres rationnels. Pourtant, ils sont soumis aux mêmes limites biologiques que nous tous.


PARTIE III : LA PUNITION (The Punishment)

7. Le Public (L'illusion du libre arbitre et de la vengeance)

Le public réclame des punitions sévères parce qu'il croit au libre arbitre absolu : chaque personne choisit consciemment de faire le mal.

Benforado explique que les actions criminelles sont souvent le résultat d'un mélange de génétique, de traumatismes infantiles, d'environnement toxique (comme l'exposition au plomb) et de circonstances neurologiques (tumeurs cérébrales affectant l'inhibition).

Notre besoin de vengeance est évolutif (pour maintenir l'ordre dans les tribus primitives), mais il ne fonctionne pas à l'échelle d'une société moderne.

8. Le Prisonnier (La torture de l'isolement)

La prison moderne ne réhabilite pas, elle détruit. L'auteur met un accent particulier sur le confinement solitaire(l'isolement).

L'être humain est une espèce profondément sociale. L'isolement prolongé modifie littéralement la structure du cerveau. Il provoque des psychoses, de l'automutilation, des hallucinations et des suicides.

Mettre un individu perturbé dans une cage pour le rendre "meilleur" va à l'encontre de toutes les découvertes scientifiques en psychologie.


PARTIE IV : LA RÉFORME (The Reform)

9. Ce que nous pouvons faire

Benforado ne se contente pas de critiquer, il propose des solutions basées sur la science :


CONCLUSION ET IDÉES PRINCIPALES À RETENIR


LA MORALE DE L'HISTOIRE

La morale de Unfair est que le mal n'est pas le fruit exclusif de mauvaises personnes, mais d'un mauvais système qui ignore le fonctionnement réel de la nature humaine. Tant que nous continuerons de croire au mythe du libre arbitre absolu, d'une mémoire infaillible et de la rationalité pure des acteurs de la justice (juges, policiers, jurés), nous continuerons de condamner des innocents et de détruire des vies. Pour obtenir une véritable justice, nous devons faire preuve d'humilité face aux limites de notre propre cerveau et concevoir un système juridique qui protège l'homme contre lui-même.