Synthèse n° 21

The Creature from Jekyll Island: A Second Look at the Federal Reserve

G. Edward Griffin

Première publication · 2017Éditeur · Un monde different239 pages

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6 min de lecture1 260 mots

Découverte anglophone, non lue personnellement. Cette fiche présente en français les idées de l’ouvrage ; aucune édition française publiée n’a été confirmée.

INTRODUCTION : LA THÈSE DU LIVRE

Publié en 1994, ce livre se lit presque comme un roman d'espionnage, bien qu'il s'agisse d'un essai d'investigation économique et historique. La thèse centrale de G. Edward Griffin est simple et provocatrice : La Réserve Fédérale américaine (la FED) n'est ni "fédérale", ni une "réserve". C'est un cartel bancaire privé, créé par les banquiers les plus puissants du monde pour protéger leurs propres intérêts, socialiser leurs pertes et confisquer la richesse des citoyens par le biais d'un impôt caché : l'inflation.

PARTIE 1 : LA RÉUNION SECRÈTE (L'ORIGINE DE LA CRÉATURE)

1. Le complot de l'île de Jekyll (1910) L'histoire commence en novembre 1910. Six des hommes les plus puissants de la finance mondiale (représentant les empires Rockefeller, Morgan, Rothschild et Warburg) se réunissent dans le plus grand secret sur l'île de Jekyll, en Géorgie. Ils voyagent sous de faux noms pour éviter d'attirer l'attention de la presse. Parmi eux se trouvent le sénateur Nelson Aldrich, le banquier Paul Warburg, et plusieurs dirigeants de grandes banques new-yorkaises. Ils représentent à l'époque environ un quart de la richesse mondiale.

2. Le but de la réunion Leur objectif n'est pas de protéger l'économie américaine, mais de résoudre un problème qui menace leurs empires : la concurrence. De plus en plus de petites banques régionales se créent, diminuant les parts de marché des géants de Wall Street. Ils conçoivent alors un plan pour créer un cartel légal, déguisé en institution gouvernementale.

3. La création du Federal Reserve Act (1913) Pour faire passer cette loi sans éveiller les soupçons du public (qui détestait l'idée d'une banque centrale contrôlée par Wall Street), le cartel a utilisé une ruse politique. Ils ont fait rédiger la loi par des politiciens soi-disant "anti-banques" et ont soutenu l'élection de Woodrow Wilson. La loi a été votée in extremis le 23 décembre 1913, pendant que de nombreux opposants politiques étaient en vacances pour les fêtes.

PARTIE 2 : LE SYSTÈME BANCAIRE À RÉSERVES FRACTIONNAIRES

1. Qu'est-ce que l'argent ? Griffin remonte aux origines de la monnaie. L'or et l'argent ont historiquement servi de monnaie parce qu'ils ont une valeur intrinsèque, sont rares et ne peuvent pas être créés à partir de rien. Cependant, le système moderne repose sur la monnaie fiduciaire (fiat money), qui n'est adossée à rien d'autre qu'une promesse du gouvernement.

2. Les réserves fractionnaires Griffin explique comment les banques créent de l'argent de manière illusoire. Lorsqu'une personne dépose 100$, la banque peut prêter 90$ à quelqu'un d'autre (en ne gardant que 10% en "réserve"). Cet argent prêté finit par être redéposé, et prêté à nouveau. Ce système rend l'ensemble du système bancaire intrinsèquement instable, car si tout le monde réclame son argent en même temps (un bank run), l'argent n'est tout simplement pas là.

3. Le rôle de protection de la FED La Réserve Fédérale a été créée pour être le "prêteur en dernier ressort". Si les banques du cartel font des prêts imprudents et risquent la faillite, la FED peut simplement imprimer l'argent nécessaire pour les sauver. Les profits sont privatisés, mais les risques sont socialisés (payés par le public).

PARTIE 3 : LE MÉCANISME DE MANDRAKE ET L'INFLATION

1. Le Mécanisme de Mandrake Griffin nomme la création monétaire de la FED le "Mécanisme de Mandrake" (en référence à Mandrake le Magicien, qui crée des choses à partir de rien). Quand le gouvernement américain a besoin d'argent qu'il ne veut pas lever par l'impôt (car c'est impopulaire), il émet des obligations (des dettes). La FED achète ces obligations avec de l'argent qu'elle crée littéralement en appuyant sur un bouton d'ordinateur. Le gouvernement a son argent gratuit, et la FED perçoit des intérêts sur cette dette.

2. L'inflation comme impôt caché Cette création de monnaie dilue la valeur de l'argent déjà en circulation. Pour Griffin, l'inflation n'est pas un phénomène naturel ; c'est un transfert de richesse. C'est un impôt furtif et régressif qui vole le pouvoir d'achat des citoyens (surtout des classes moyennes et populaires) au profit du gouvernement et du cartel bancaire qui dépense cet argent en premier, avant que les prix n'augmentent.

PARTIE 4 : LES GUERRES ET LA MANIPULATION MONDIALE

1. Financer les deux camps Une des parties les plus controversées et choquantes du livre concerne la guerre. Griffin démontre que la guerre est l'état le plus rentable pour le cartel bancaire. Les gouvernements en guerre ont désespérément besoin de fonds et empruntent massivement, indépendamment des taux d'intérêt. L'auteur cite des exemples historiques (Première et Deuxième Guerres mondiales, Révolution russe) où de grandes banques internationales ont secrètement financé les deux camps d'un même conflit pour s'assurer que, quel que soit le vainqueur, la dette soit payée.

2. Le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale Griffin étend son analyse à l'échelle internationale. Il soutient que le FMI et la Banque Mondiale sont conçus sur le même modèle que la FED, mais à une échelle globale. Sous couvert d'aide humanitaire ou de développement, ces institutions endettent les pays du Tiers-Monde. Lorsque ces pays ne peuvent plus payer, l'argent des contribuables occidentaux est utilisé pour renflouer les banques internationales qui ont émis les prêts risqués.

PARTIE 5 : LES SOLUTIONS DE L'AUTEUR

Griffin ne se contente pas de faire un constat alarmant ; il propose un plan d'action réaliste pour échapper au désastre financier inévitable d'un système basé sur une dette infinie.

Abolir la Réserve Fédérale : Revenir à un système où aucune entité n'a le pouvoir de créer de l'argent à partir de rien.

Rétablir une monnaie saine : Revenir à l'étalon-or ou à un système adossé à des actifs réels et tangibles.

Mettre fin aux réserves fractionnaires : Exiger des banques qu'elles conservent 100% des dépôts à vue en réserve, séparant ainsi la fonction de stockage de l'argent de la fonction d'investissement (qui impliquerait le consentement conscient et le risque assumé du client).

Annuler la dette nationale : En liquidant les actifs de la FED et en remboursant la dette publique avec de la monnaie saine, libérant ainsi l'économie du poids des intérêts perpétuels.

CONCLUSION ET IDÉES PRINCIPALES À RETENIR

Pour synthétiser ce vaste ouvrage, voici les piliers concrets de la démonstration de G. Edward Griffin :

Une nature trompeuse : La Réserve Fédérale n'est pas une agence de l'État pour le bien public. C'est un cartel de banques privées organisé pour éliminer la concurrence et sécuriser ses propres profits.

L'arnaque de l'inflation : La monnaie fiduciaire (fiat) permet la création infinie d'argent. L'inflation n'est pas due à des hausses de salaires ou de matières premières, mais à l'augmentation de la masse monétaire. C'est un impôt masqué.

Le danger moral (Moral Hazard) : Les banques sont incitées à prendre des risques démesurés car elles savent que la FED les sauvera (too big to fail) avec l'argent des citoyens.

La guerre comme modèle d'affaires : Les conflits majeurs ont souvent été prolongés ou facilités par les élites bancaires pour engendrer une dette massive.

LA MORALE DE L'HISTOIRE

La grande leçon de The Creature from Jekyll Island est une mise en garde sur le pouvoir absolu. Celui qui contrôle la monnaie d'une nation contrôle la nation elle-même.

La morale de l'histoire est que l'ignorance économique du grand public est la plus grande arme des élites financières. Tant que les citoyens ne comprendront pas ce qu'est l'argent, comment il est créé et comment il fonctionne, ils continueront d'être les victimes involontaires d'un système conçu pour siphonner lentement leur richesse et leur liberté. La véritable indépendance commence donc par l'éducation financière et la compréhension des rouages cachés de notre économie.