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Le Léviathan

Thomas Hobbes

Édition originale · 1651Éditeur · Gallimard · Folio essais
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5 min de lecture1 069 mots

Introduction : Le Contexte

Thomas Hobbes écrit Le Léviathan pendant la guerre civile anglaise (1642-1651). Choqué par le chaos et les bains de sang de cette époque, il cherche à comprendre comment les hommes peuvent vivre en paix. Le titre fait référence au Léviathan, un monstre marin biblique (Livre de Job) d'une puissance colossale, qui représente ici l'État souverain, seul capable de dompter les passions humaines.

L'œuvre est divisée en quatre parties.


PARTIE I : De l'Homme (La nature humaine et l'état de nature)

Pour comprendre l'État, Hobbes commence par disséquer la nature humaine, de manière presque mécanique.

1. L'homme est mû par ses désirs et ses peurs

Pour Hobbes, l'homme n'est pas naturellement bon ou social (contrairement à ce que pensait Aristote). Il est un être mécanique poussé par deux forces : le désir (qui le pousse vers ce qu'il veut) et l'aversion/la peur (qui l'éloigne de ce qu'il craint, la plus grande peur étant la mort violente).

2. L'état de nature : « La guerre de tous contre tous »

Imaginez un monde sans lois, sans police, sans gouvernement. C'est ce que Hobbes appelle l'« état de nature ». Dans cet état :

  • Les hommes sont égaux : même le plus faible peut tuer le plus fort par la ruse.
  • Puisque les ressources sont limitées, les hommes entrent en compétition.
  • Il y règne trois causes principales de querelles : la rivalité (pour le profit), la méfiance (pour la sécurité) et la fierté(pour la réputation).

Conséquence : la vie humaine y est « solitaire, indigente, dégoûtante, animale et brève ». C'est la fameuse idée (reprise de Plaute) que « l'homme est un loup pour l'homme ».

3. Les Lois de la nature

Heureusement, l'homme est doté de raison. La raison lui dicte des lois naturelles pour sa survie. Les deux premières sont fondamentales :

  1. Il faut rechercher la paix par tous les moyens, et si on ne peut l'obtenir, utiliser tous les moyens de la guerre pour se défendre.
  2. Il faut être prêt, si les autres le sont aussi, à renoncer à son droit naturel sur toutes choses pour garantir la paix.

PARTIE II : De la République (Le Contrat Social et le Souverain)

C'est le cœur de l'ouvrage. Comment passe-t-on de l'état de nature à la civilisation ?

1. Le Contrat Social

Pour échapper à l'enfer de l'état de nature, les hommes décident de passer un pacte. Ils acceptent de renoncer à leur liberté absolue et à leur droit de se faire justice eux-mêmes, à condition que tous les autres en fassent de même. Attention : Ce contrat est passé entre les individus eux-mêmes, et non entre les individus et le souverain. Le souverain est le produit de ce contrat.

2. Le Léviathan : Le Souverain Absolu

Tous ces droits individuels sont transférés à une autorité centrale : le Léviathan (qui peut être un roi, une assemblée, ou un parlement).

  • Pouvoir absolu : Le pouvoir du souverain doit être indivisible et absolu. S'il est faible ou divisé, le risque de retourner à la guerre civile (l'état de nature) est trop grand.
  • Les droits du souverain : Il édicte les lois, juge les conflits, déclare la guerre et la paix, et décide même des doctrines (y compris religieuses) qui peuvent être enseignées.
  • Les devoirs du souverain : Assurer la sécurité du peuple (Salus populi suprema lex - le salut du peuple est la loi suprême).

3. La liberté des sujets

Pour Hobbes, la liberté civile n'est pas de faire tout ce que l'on veut. C'est la liberté de faire ce que la loi ne vient pas interdire (le silence de la loi). Cependant, si le souverain menace directement la vie d'un citoyen, ce dernier retrouve son droit naturel à se défendre (car le but du contrat est de protéger sa vie).


PARTIE III : De la République Chrétienne (L'État et l'Église)

Hobbes s'attaque à un problème majeur de son temps : les guerres de religion.

1. Subordination du pouvoir spirituel au pouvoir temporel

Pour éviter que les citoyens ne soient tiraillés entre la loi de Dieu et la loi de l'État, Hobbes affirme qu'il ne peut y avoir qu'une seule autorité. Le souverain civil doit donc être le chef suprême de l'Église.

  • Il n'y a pas de pouvoir spirituel indépendant. Le pape ou les prêtres n'ont aucun pouvoir politique légitime sur un État souverain.
  • Les Écritures Saintes n'ont force de loi que si le souverain civil les valide comme telles.

PARTIE IV : Du Royaume des Ténèbres

Hobbes ne parle pas de l'enfer biblique, mais de l'ignorance, de la superstition et des fausses doctrines qui aveuglent les hommes et menacent la paix de l'État.

  • Il critique violemment l'Église catholique romaine, qu'il accuse de maintenir les gens dans l'ignorance pour conserver un pouvoir usurpé.
  • Il critique les philosophes grecs (comme Aristote) et la scolastique qui, avec leurs concepts abstraits et obscurs, créent la confusion intellectuelle, propice à la sédition et à la guerre civile.

CONCLUSION ET MORALE DE L'HISTOIRE

Les 4 idées principales à retenir :

  1. Le pessimisme anthropologique : Laissé à lui-même sans autorité coercitive (l'état de nature), l'être humain est condamné à s'autodétruire en raison de ses passions, de sa peur et de son égoïsme.
  2. Le Contrat Social : La société civile n'est pas naturelle, elle est artificielle. Elle naît d'un calcul rationnel où les hommes échangent leur liberté naturelle contre la sécurité.
  3. L'absolutisme nécessaire : L'État (le Léviathan) doit détenir un monopole absolu de la violence légitime et du pouvoir politique, spirituel et intellectuel, afin de garantir la paix. La division des pouvoirs est une maladie mortelle pour l'État.
  4. Le primat de la sécurité : Le pire de tous les maux n'est pas la tyrannie, mais la guerre civile (l'anarchie). Un État autoritaire vaut toujours mieux que pas d'État du tout.

La morale de l'histoire philosophique :


La morale de Hobbes est d'un réalisme froid et implacable : la liberté absolue est une illusion dangereuse, car elle mène inévitablement à la violence et à la mort. Pour pouvoir jouir des fruits de la civilisation (l'art, la science, l'industrie, la famille), il faut accepter de se soumettre à la règle commune et à une autorité forte. La paix et la sécurité ont un prix : celui de l'obéissance. Le Léviathan nous rappelle que la société est un édifice fragile, maintenu non par l'amour du prochain, mais par un pacte rationnel garanti par l'épée de la justice civile.

Cette fiche présente les idées développées dans l’ouvrage ; leur présentation ne vaut pas adhésion de DLAP. Il s’agit d’une synthèse reformulée, et non du texte original de l’auteur.

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